vendredi, juillet 24, 2015

D'un ephemere

Ne suis-je rien plus qu'un éphémère, attiré par une incroyable lumière. Ora.

Ora, me voilà, la tête qui cogne sans cesse le verre qui protège ta lumière. Malgré moi, j'y reviens inlassablement ; et chaque fois, je crois que mes yeux voient les rayons d'un soleil qui se meurt. Et chaque fois, je brule un peu plus mes ailes, et chaque fois, je repense au Zenith qui me captiva et me ravit les yeux pour m'emmener dans les espaces aériens où trop enivrés des rayons, j'oubliais que l'oxygène manquait.

Mais me voilà Ora, ni plus ni moins qu'un éphémère. Un insecte fou, qui ne voit pas le jeu, qui pense que le filament de tungstène, chauffée par des protons est un nouveau soleil. Qui laisse des bouts de chair à chaque choc, qui sans cesser voit ses meurtrissures le mener un peu plus vers la terre, sa sourde inquiétude.

Je ne vois ni les toiles tendues autour de tes rayons, ni les oiseaux de proie qui se délecterait de mon coeur, je ne vois plus rien d'autre que toi. 

Mais me voilà Ora, fait de chair et de sang, aucun être ne peut échapper au soleil, l'astre qui chauffe et donne la vie, aux jeunes hommes moribonds, aux poetes, aux chevaliers, aux éphémères ; mais les feux artificiels sont mortels. 

Te voila, Ora. Je cherche le soleil dans une capsule de verre. Et je ne sais plus pourquoi je suis enfermé dehors.





mercredi, décembre 12, 2012

Un matin

Je voudrais te dire combien tu me rends fou et combien j'ai du mal à résister parfois quand je te vois, mais tu es en train de repasser et je suis dans la cuisine.
 
J'attendrai de m'endormir contre toi, une main sur ton sein doux et rond.
 
J'attendrai de me blottir derrière toi, nos deux bassins collés, et te laisser sentir mon désir contre tes formes callipyges. Pour que tu rêves encore, que tu accompagnes d'imperceptibles mouvements de hanches nos envies, et que tu m'aimes.

dimanche, novembre 11, 2012

Je voudrais te revoir

Il fallait voir comme Ora ne prenait meme pas le temps de plier son jean, s'en débarassant farouchement à la volée, et se jetant sur les draps, à  peine revêtue d'un soutien-gorge coloré et d'un bout de tissu qui laissait paraitre la douceur du galbe de ses attraits calipiges.
 
Les yeux criant derrière le noir d'un crayon délavé par le brouillard, ne craignant ni le froid humide ni la lumière crue, dressant deux seins clairs et vifs vers le plafond décati d'une chambre livide. Passant mes mains derrière sa nuque pour dévorer sa bouche, et sa langue pleine de vie. Embrassant littéralement, et sans retenue, mes frèles épaules et redressant ses reins sous l'aspiration insondable d'un aimant adbominal.

Ora, je te vois, sous l'emprise d'un irresistible mouvement, les doigts fins au bout de ta main enserrant un bout de ma chair pendant que je croque tes lèvres, ton bassin se courbant sous la vague, ton souffle au creux de mon cou pendant que l'onde claire se perd sur le coton âpre et dans mes bras. Tous mes rêves traversent l'air empesé de pluie. Et tu ouvres les portes de ta chambre, et m'attire pour que nos sens éclatent.

Ora, je te vois. Les cheveux en tourbillon, portés par une apesanteur chimérique, la tête en clair obscur dans le blanc des néons, qui se balance au gré de tes assauts, le nombril luisant, le ventre essouflé, les seins gonflés, le visage replongeant vers mon oxygène.

Ora, viendrais-tu refaire une nuit de crachin, de vent et d'eau battante sur les vitres sombres, et partirais-tu vers nulle part, exultant d'une douce folie, à corps perdu, jusqu'à ce que le brouillard nous envahissent.

Dans l'obscurité que l'on se créée, vers le vide qui nous attire inexorablement, rejoins-moi, et je vois tes hanches nues, et tu m'entraines vers le pire et le meilleur.

Je me souviens Ora, les déchirements de tissu, le brusque mouvement de toi vers le sol, au milieu des foules, dans l'intime d'un lieu secret et connu de toi seule. Mais moi, je suis où bon te semble ; mais moi, je suis près de toi ; mais moi je suis devant toi, mais moi je suis derrière toi ; mais moi, parfois je suis toi. Je te vois depuis tes pieds où j'erre, je te vois depuis les cieux où tu me projetes, je te vois à l'envers. Tu me tiens au creux de ta main, te me tiens au creux de ton ventre, tu me retiens farouche, tu t'enfuis sans remord, tu m'abandonnes au bord des précipices.

Mais jette aux quatre vents, mais balance aux étoiles. Court, voit le sol qui défile sous tes pas, plus vite, étend tes bras,  appréhende la profondeur et laisse toi tomber dans le néant.

Un mouvement d'air, un soupir, un lambeau de chair et je voudrais que tu sois ma fée.

 

samedi, juin 23, 2012

Marquise Vol.2

Chère Marquise,

Imaginez-vous que ma dernière missive, demeurée sans retour, me plonge dans le plus grand émoi.

Me permettriez-vous de vous conter les songes qui sont venus me visiter la nuit dernière tandis que je reposais sur ma couche paillée, sur une rive de la Seine.

Pris d'une grande ardeur de vous voir, j'osais approcher vos fenêtres. Je glissais dans la pénombre étoilée et pénétrais le domaine. Depuis les allées, je me terrais à l'ombre de la chapelle et observais la fenêtre de votre chambre. N'y tenant plus j'avançais à pas de loups jusqu'au pied du mur de pierres sur lequel grimpe le lierre. Celui-ci me parut destiné par le ciel pour rejoindre l'étage où vous sommeillliez.

Par quelques gestes habiles et néanmoins incommodes, j'atteignai le pas de votre chambre.

De la pâle lueur de la nuit, j'aperçu votre couche. Vous étiez plongée dans cette douce nuit, dans les bras de Morphée. Je me hissais sans bruit sur le rebord de votre fenêtre afin de mieux vous apercevoir. Votre corps gracile et frais était à peine masqué à mes désirs d'une simmarre de gaze. Je voyais votre dos se soulever doucement au rythme de votre respiration.

Innocente et douce créature, vous sembliez si peut cacher les charmes de votre nature que je me sentai comme aspiré à m'approcher sans vous éveiller. Un doux zéphir fini de me convaincre faisant gentiment flotter la gaze sur vos jambes. Une ardente envie s'emprit de mon être à la vue de ce corps, de le voir nu, de le caresser à mon aise, d'en baiser les pieds.

Prenant mon courage et avec la plus grande attention, je franchis les quelques pas qui me séparait de vous et, sans qu'un bruit ne vint troubler le silence, je m'assis doucement au pied de votre couche. Votre sommeil ne s'en souciat guère. A peine un mouvement de votre main posée le long de vos reins.

Je contemplais, de par-derrière, et a loisir vos plus beaux attraits. Ganymède, ou les Muses, n'auraient su me dévoiler plus de beauté et de grâce que ces nuées galbées.

Je surpris ma main à flatter doucement ces rondeurs charmantes depuis le pli du haut de la cuisse jusqu'au bas du dos. Folie. Vous vous retournâtes des sur votre dos, me laissant à peine le repis de retirer mes doigts. Je vérifiai quelques instants que vous étiez toujours tout à votre repos.

Quel spectacle ne me donnait pas ce petit retournement de situation. Votre joli minois, au teint de lait, aux traits fins et sourlignés de sourcils ombrés. Sous la fine simmare, deux monts de Vénus comme des appâts interdits, juste assez grands pour me remplir la main, dardés de deux tétons aussi frais que des boutons de rose, une taille élégante et fine et plus bas, le triangle sombre de petits poils follet, cachant le temple de Vénus.

Les deux seins, si doux, si blancs, à en perdre la tête si jamais vous me laissâtes les baiser, se gonflant à chaque inspiration. Ah grand Dieu, eut-il fallut les caresser et les manier mais je ne puis que contempler cette admirable gorge.

Me croiriez-vous marquise si je vous avouais que profitant de votre somme, j'osai cependant approcher un doigt de la simmare et la remonter doucement jusqu'à votre petit nombril, laissant éclore votre fleur au clair de lune, la nature vous ayant placé par enchantement dans la meilleure disposition qui fut offerte à mes yeux.

Par pure folie, j'engageai alors une tendre caresse entre vos lèvres, atteignant sans peine la petite languette, le foyer de toute sensibilité. Par quelques gestes, j'entamai une tendre pollution, et dans vos songes, vous semblâtes plonger dans une voluptueuse pâmoison. A mesure que j'exerçais cet infernal mouvement, vos muscles se tendaient, votre respiration s'accélerait jusqu'à ce que vous vinmes en un léger soupir d'aise et oignez mes doigts de votre essence d'amour.

Sans plus d'effort vous retounates dans votre plus profond sommeil. Je m'éclipsai sans mot dire vers le clair de lune.

Avez-vous fait ce songe Madame? Le ferons-nous ensemble?

Votre aimable obligé,

Le Poête crotté d'Ivry.




Marquise vol. 1

Un jardin à la française, au printemps. Ora, marquise, reçoit un confident et se délecte de l'astre doré, une ombrelle à la main, en cette aimable compagnie, flânant dans les allées..

"- Me croiriez-vous, si je vous avouais qu'un galant m'a écrit récemment une missive enflammée?
- Chère Ora, dites m'en plus, je brûle de connaître l'auteur de cette lettre.. Un galant fortuné? Un rustre?
- Point du tout. Il signe du nom de Poête Crotté d'Ivry..
- Un poête? Tiens donc.. C'est tout vous ma chère.. Et puis-je connaître les termes de ce message qui semble vous plonger dans un trouble pour le moins inhabituel.
- Oh, cher ami, je ne saurais vous citer les phrases dans le détail, le fait est que la plume a tant et si bien glissée qu'elle m'a ravie, pour ainsi dire.
- Vous aiguisez ma curiosité à tel point que c'est torture.
- Cher A., vou savez combien j'aime converser avec vous et fouler inlassablement ces allées, il est néanmoins des jardins que l'on ne peut faire visiter, même à son plus cher ami.
- Faites-moi au moins présent de quelques vers.. que je perçe le secret d'une telle confusion.
- Il s'agissait de vers en prose, si j'ose dire.
- A-t-il mander une entrevue? Vous a-t-il donné rendez-vous sous quelque croissant de lune?
- Point. Mais il s'exprimait comme s'il avait grand empressement d'être dans mes bras..
- Voilà qui semble vous réjouir. Notez qu'il pourrait tout aussi bien logé à cent lieues d'ici. je ne voudrais pas que soyez la dupe d'un mauvais tour. Ou pis. Quelque beau parleur qui n'aurait de cesse de cueillir les myrtes pour mieux s'en retourner.
- Me croyez-vous si docile et naïve. Je saurai reconnaître Vénus de Jupiter..
- A votre guise. Maintenant, je dois m'en retourner à ma voiture, je viendrai prendre de vos nouvelles dans quelques jours.
- Bon retour cher ami, je suis déjà impatiente de vous revoir".

lundi, mai 28, 2012

Lettre J.

Ora, je t'aime désinvolte, quand la folie s'empare de toi jusqu'à l'étourdissement. Laisse choir dans la poussière toutes tes craintes. Tu vois, ton corps, tes seins, ton être, il ne tient qu'à toi d'en faire un caléidoscope de lumière. Nulle autre que toi ne peut arracher les rubans qui emprisonnent celle que tu voudrais être. Fais voler en éclat les liens qui te retiennent.

Laisse venir dans la réalité tes songes interdits, les jeans baissés jusqu'aux genous, l'attrait d'une forme oblongue entre tes mains, ton regard au fond du mien quand tu m'emportes au dessus des vagues de cotons irisées.

Ora je t'aime, comme les goutelettes tombent en pluie fine sur ton ventre, comme la mèche glisse sur ta joue et qu'un oeil se joue d'une persienne. Laisse moi faire tomber en lambeaux, un à un les bouts de tissus qui cachent les ombres au creux de toi.

Ora, je t'aime furieuse et rebelle, comme tu te fous du monde, et des regards des gris, comme tu te toises dans le miroir, tordant la frimousse, et que tu vois ce nul ne changera plus, la courbe d'un pied gracile, des hanches qui se dessinent sous le satin noir, des seins comme des nuages de lait posés dans un écrin de chair, l'esquisse des lèvres humides.

Mes mots se brisent sur le mur de tes envies, prisonnièrent d'une bulle de savon, ta bulle. Celle que tu as soufflé de tes propres peurs. Il suffit q'un doigt se pose dessus pour que l'air aspire le vide et se remplisse d'anti-matière.

Ora, sans dessus dessous, à califourchon, au milieu des luxuriances, sur le formica froid, dans l'onde bleue d'une piscine...

Pris sous le feu de tes hanches, qui me brulent et me dévorent. Je rêve de toi en absolue, qui me fait découvrir un monde, qui sussure et qui crie, qui me rend blême et qui gémit. Le moment n'a pas d'importance, ce n'est pas lui qui nous arrête. Il faut commence la danse pour que les aiguilles se figent. Le soleil poursuivra sa route, mais il ne donne aucun signal.

dimanche, mai 20, 2012

Ma souris

Un soir d'ivresse comme un autre, j'avais croisé une souris dans un bar prison, un bouge à marins d'eau anisée, en pleine terre. Une souris? oui, une souris, merci Boris, une vraie belle petite créature, pas que du point de vue de son petit cul, qu'elle avait joli, mais aussi de la répartie, juste ce qu'il faut. Pas trop de mots inutiles, pas de jacasseries de midinette, mais des syllabes qui vous envoie un lourd par terre, qui n'a plus qu'à attendre les dernirèes gorgées de sa bière pour le remettre d'aplomb.
Elle avait du me prendre au mot, quand je lui avais dit que j'écrivais des trucs pour me faire passer le temps. Des trucs de mes tripes. Je sais pas pourquoi j'avais envie qu'elle me voie comme ça. Elle avait l'air de pas mentir, je voulais pas lui mentir non plus. Je fuyais l'ennui, elle aussi je suppose. J'avais que du vrai à lui donner. Je courais, je buvais, je dansais, je tapais dans une balle ou un ballon, je voulais me baigner nu, je cherchais sérieusement à délirer, à laisser aller mon esprit et mon corps, pas que sous l'effet ethylique ou pour rattrapper quoi que ce soit, ni pour me sentir drôle. Qu'il pleuve, je m'en balançais pas mal, même la pluie me donnait l'impression de découvrir quelque chose de différent. J'en avais marre de profiter des écrins, fallait que je sente l'eau et le froid me fouetter et me faire greloter.
Je crois que cette souris avait compris. Sitôt qu'elle pouvait, elle sortait une despé du frais, m'arrachait quelques lignes, et puis je lui disais "j'ai envie de toi", elle s'accrochait à mon cou, elle glissait sa main sous mon sweat shirt et plus bas. Elle avait vu mes tripes, je n'avais rien à lui cacher. Tout ça, sans compter. Deux, cinq, dix fois par semaine, jusqu'à l'épuisement total. Le nombre, c'est la statistique froide, on s'en fout. C'était n'importe quand en fait. L'important c'était d'arriver à ne plus penser. De suivre l'instinct, l'envie, de braver l'interdit. D'un baiser volé, d'une main discrète dans les cheveux, d'une rencontre folle des fluides à 3h ou 10h du matin. Caline, sauvage, au milieu des gris ou à l'abris des regards.

J'aurai vécu mille ans comme ça, ou dix secondes, c'était pareil.

Quand je pense à elle, se déhanchant au rythme de basses, ses reins suivant les saccades des vibrations, ça me remontait du ventre vers la poitrine et ça redescendait vers le ventre. Ca me fait toujours ça quand je vois ses fesses qui se dessinent sous ses petits hauts translucides.

La voilà qui est assise sur la méridienne, les pieds nus, du verni rose sur les ongles des petits boutons. Il ne faudrait qu'elle les remue trop longtemps pour que l'envie me prenne de les ramener vers ma bouche et de les sucer avidemment. De saisir ses chevilles et de lui embrasser le dessus des pieds.

Et puis, je ne sais pas. On était en train de plonger dans la retenue, vous savez ce truc qui fait que plus vous vous connaissez, moins vous osez. Et c'est rien de le dire qu'elle me connaissait sur toutes les coutures. Que ne peut-on montrer de plus que la tête dans la cuvette en train de vomir tripes et boyaux, que se faire lutiner l'entre-jambe à la dérobée au milieu des fougère ou dans une chambre d'ami, alors qu'on vous prépare un gueuleton à moins de cind mètres de là, qu'un océan de larmes, que vos fesses trop flasques pour vraiment faire rêver une souris, la vraie réalité d'une tête bouffie au réveil, la première fois où tu te montres à nu, avec tes poils partout, ta queue à peine dans la moyenne, tes petits seins, tes bras trop fins, tes odeurs, tes craintes, tes lubbies, tes rêves, tes traumas, toi comme tu es, moi comme je suis.

On aime tellement qu'on n'ose plus pour ne pas décevoir. C'est le pire, c'est le paradoxe, alors qu'en osant n'importe quoi dès le début, on laissait penser que tout était possible, qu'on allait découvrir ce qu'on aurait jamais imaginé pour soi-même, pour deux. On aime tellement qu'on risque l'ennui comme on risquait de le fuir.

J'étais parti comme ça avec ma souris, j'en venais à me demander ce qu'elle allait penser de moi, sans doute faisait-elle pareil, sinon ça n'aurait pas marché. L'un des deux aurait abandonné l'autre comme on laisse un pistil de pissenlit sec qui aurait perdu tous ses parachutes. Sinon, faut pas avoir peur de sauter, replier la toile, remonter dans le coucou et remettre ça. Pour ça, faut se dire qu'après on aura vraiment plus rien à montrer à personne, et faire en sorte que ça ne soit jamais vrai.

Il faut qu'une souris ne laisse jamais un mec trouver une raison de se sentir vivant devant la télé, une grille de paris ou une bouteille. Et vice-versa. A moins d'être nécrophile, ce qui contredit les lignes du-dessus.

Tout ça pour dire qu'on était parti pour être dans la moyenne avec ma souris, même un peu haute, ça restait une moyenne. La version basse, c'est le pissenlit de décoration ; la version très basse, c'est pissenlit au bord de la route.

Quand on commence à patauger dans cette fange, on se raccroche à la merde : le travail, les bibelots, la pub, même les romans, tout est bon pour tromper l'ennui. Et se dire que ça se remplit doucement. Je m'en foutais pas mal de ces conneries quand elle dormait habillée sur mon dessus de lit, en attendant de voir si j'allais faire valser ses jolies petites bottes aiguilles en travers de la chambre. La peinture tombait en lambeaux, y'avait du orange et du marron partout, c'était humide, glacé ou étouffant, selon les jours, et au fond de tes yeux, on sentait que les fleurs auraient passé un sale quart d'heure si on avait décidé de le faire au milieu d'un champ de paquerettes ou de coquelicots. Les colonnes doriques les Vermeer, les Ronsard, ça aurait été pareil. La poésie ça aurait été ça, deux corps complètement lachés dans une débauche de furie charnelle jusqu'à plus soif. Pas vraiment la délicate description d'une pluie de pétales irisées par les rayons dardant du soir couchant.

La poésie, créer du vivant au milieu des gris dormant, une caresse soyeuse, un souffle court étouffé d'une main pour ne pas réveiller les gris pendant que l'autre s'épuise sous le triangle sombre et luisant. Deux corps nus, enlacés, deux sexes réunis sous l'éclairage tamisé d'une fenêtre à l'abri d'aucun regard, sans décor, sans voile, un échange abrupt de sens et de fluides.

Là, faut sublimer, faut dépasser le réel. Le petit nid d'amour, c'est plus n'importe où. La beauté est dans le catalogue, sur papier glacé, en tons pastels ou fuschias. La tasse blanche, pas ébréchée, le café noir, la goutte qui saute gracieusement et qui retombe en nectar.

Alors j'ai dit à ma souris que je voulais dormir nu, écrire des phrases sans queue ni tête, la violer du regard dans une petite robe blanche avec juste une ligne de tissu sur ses fesses, mordiller ses orteils vernis, avoir envie de faire craquer ses dessous satiné pour la retrouver, tisser une couverture de chanvre brut au dessus de sa tête, faire glisser ses doigts sur l'écorce, reprendre mon souffle. Qu'il n'y ait pas de plages médusées réservées sur l'agenda, que je ne sois pas prévenu, qu'elle ne le sache pas non plus, pour une seconde, une heure, le temps d'un sablier de soupirs.







samedi, mai 19, 2012

La piscine

Trois chaises longues. Le soleil lache ses rayons de plomb sur les transats. L'onde translucide renvoie le bleu du ciel, impassible. Une piscine.

Les trois corps exposés dans quelques bouts de tissus se dorent et languissent. A. se redresse péniblement et se lève. Il part chercher un peu de fraicheur à l'étage entre quatre murs de vieilles pierres. Son ombre glisse au loin, quelques mètres au plus, et quitte le sol du décor et franchi le rideau pour abandonner le côté jardin.

J. ne se sent même pas la force de remuer une once de son être. Ora demeure immobile dans le tumulte des chants de cigales. Elle porte un deux pièces marinier clair, des lunettes de soleil, deux miroirs noirs, rivés sur l'azur infini. On entend le grincement d'un vieux volet qui se referme à quelques mètres au-dessus du bassin. Plein jour, dehors. Obscurité totale au dedans.

Une brise égarée agite, en un frolement, une mèche sur le front d'Ora. Petit souffle d'air perdu dans les vapeurs estivales. Les cigales se taisent, puis reprennent leur choeur saccadé. Le temps traine, il étouffe lui aussi, il demeure immobile.

J. a les yeux fermés derrière le masque fumé d'une paire de lunettes. Il respire lentement. Purgatoire paradisiaque. Chaque mouvement d'Ora bousculerait l'ordre établit par les particules d'air en plein vol. Il le sentirait.

Autour, il y a les monts rocailleux, les arbustes déséchésle vieux mas en contrebas, la voute bleutée, une terrasse en grès et..la piscine. Son esprit s'égare.

Ora pourrait tout aussi bien être allongée sur un grand lit blanc, lovée dans deux pièces de dentelle blanche et une culotte de soie rose, avec une fenêtre aux rideaux de popeline écrue et une pièce magistrale peinte en gris béton, une fortune. Nymphe au teint clair se dodelinant en roulant de part et d'autres de la surface molletonée du drap, les yeux soulignés de noir, qui vous attrapent le fond de l'iris et ne vous lachent plus. Jouant de droite et de gauche pour ne vous épargenr aucune forme, dance primitive et sensuelle. Les pieds glissant sur le rebord du lit, les mains décrivant des volutes alanguies, un appel. Une main tendue, les doigts fragiles, une ritournelle.

J. revient à lui comme il sent les particules s'agiter brusquement au tour de lui. Ora se lève dans un mouvement de grâce absolue et pose deux pieds sur le sol abrasé qui entoure la piscine. Elle avance à pas feutrés vers l'onde claire. D'un geste habile, elle fait sauter l'accroche du haut de son maillot dans son dos et laisse glisser les lanières de tissus sur ses bras, laissant découvrir sa poitrine dressée. J. n'en voit que son dos et le dessin d'un sein en ombre portée sur la pierre. Trouble et sensation.

Ora approche les mains de ses hanches et fait descendre calmement le bas de son maillot sur ses pieds. D'un mouvement bref de la cheville, le petit bout de tissu glisse sur la pierre. Sans se retourner, la voilà qui fait quelques pas et trempe le bout du pied dans l'eau. Puis, elle s'avance doucement dans le grand liquide clair et la chair gracile fend en silence l'onde qui s'ouvre devant elle. Comme elle pénètre dans la piscine, l'eau lui inflige une caresse glacée qui remonte des pieds, aux genoux, puis au bas des reins, qui disparaissent en même temps que sa taille dans le grand bassin. Une déesse calipige dans le léthée. Trouble et sensation. Trouble et sensation.