Puisque tout est permis

A. jette deux glaçons au fond de son verre. La surface du liquide jaune qu'il affectionne particulièrement se balance comme la surface de l'onde bleu-verte qu'agite les bras de la demoiselle face à lui au milieu du bassin.
Elle sort lentement en appuyant ses bras sur le bord, se hisse hors de l'eau. Les marques de ses petits pas sur la pierre blanche et rugueuse s'évaporent dans son sillage, comme elle s'avance vers la chaise longue.
J. paraît endormi. Le visage impassible, les lunettes masquant son regard, la tête vers l'azur bleu, infini. Les idées vagabondes. Il lui suffirait de regarder alentours, les champs de lavandes mauves de la vallée, le vert des oliviers qui viennent lécher la petite enceinte de pierres sèches autour de la villa, le blanc maculé des murs.
Ora s'asseoit sur le rebord de la chaise longue et cherche A. du regard en faisant disparaitre les dernières gouttes sur épaules tachetées. A. fait danser le liquide jaune en rond dans son verre. Il fait rouler une gorgée sur sa langue et avale doucement pour ne rien perdre des arômes.
Un légère brise brulante et sèche agite doucement les rameaux derrière lui. Ora, tourne son regard vers la piscine, s'arrête un instant puis s'allonge sur le dos pour se laisser griller par les rayons.
A. redresse le dossier de son transat. L'ombre d'un palmier dattier dessine des stries sur son ventre, qu'il dessine machinalement de l'index. Cela lui donne des frissons. Il s'aperçoit qu'en cet instant précis, son esprit est totalement vide. Alors, le bleu ciel de l'eau maintenant calme et limpide lui rappelle le ciel d'un pays méditerranéen où il a voyagé un printemps. Il plonge. Dans ses pensées. C'est le seul exercice que son corps lui autorise dans l'indolence de cet après-midi.
Un léger sourire s'esquisse au coin de ses lèvres.
De l'autre côté d'Ora, J. reste imperturbable. Peut-être dort-il. On n'entend que le vent agiter la nature. Ora se tourne et repose maintenant sur son ventre. Sa tête, sur ses deux mains réunies.
A. tend la main a attrappe une olive dans un petit ramequin de grès, la lance vers le ciel et prépare un petit panier avec sa bouche pour recueillir le fruit. La petit bille verte rebondit sur sa lèvre inférieure, roule sur les pièrres blanches et finit sa course dans l'eau. A., contemple amusé, l'olive disparaître lentement.
Ora soupire profondément. Ses orteils se détendent lentement, et le soleil darde ses petits pieds tout entiers.
A. regarde autour de lui. Décidément, rien qui ne puisse troubler le silence ambiant. J. relève lentement une jambe.
A. se lève doucement et se dirige vers l'eau. Il s'acroupit et plonge une main dans l'onde fraîche. Il âsse sa main sur la nuque puis sur le visage. Il se redresse, observe un instant la villa puis le décor estival, autour. Il sent la chaleur sous ses pieds. Il se dit qu'il vivrait bien dans un pays sans saison. Il revient nonchalamment vers le transat. Se laisse pencher en arrière.
Il se dit qu'il aimerait que cet instant ne s'arrête jamais...

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