Scenes de balles

Imaginais-tu ma belle.
"- As-tu vu ce rustre ?
- Je le foulerai bien au pied comme le raisin au fond d'un pressoir, mon ami, mais...
- Mais quoi ?
- Nous attendrons que la lune chasse les astres et nous aviserons!"
Au fond de la salle :
"- Aubergiste, du vin pour mes amis!"
"- Quel paltoquet!"
"- Retiens tes ardeurs, jeune loup, tu le transperceras le moment venu."
Plus tard, chez le Comte, où l'on donne un bal et où les hôtes mènent grand train. Une salle haute et vaste comme les quatre mers. De l'or, du stuc, des tapisseries normandes, des oeuvres de marbre et d'ébène.
Un orchestre de cordes et de cuivres joue un air gai, les ballerines glissent sur le parquet, les talons esquissent des rondes.
"- Votre cape, Monseigneur."
Les deux compères s'introduisent et devisent. Tôt l'on sert des breuvages dans des coupes de cristal. Une gorgée pour la soif, l'autre pour le courage.
Lorsque soudain, la Belle passe la grande porte, comme la perle glisse au creu de l'écrin.
"- Dissimule tes yeux, il te trahissent comme les cosmos au milieu des blés.
- N'ait crainte mon ami, je dois l'approcher et lui parler. Viens séant. Et entrons dans la danse.."
Les lignes se forment, le gentilhommes d'un côté, les demoiselles de l'autre.
"- Mon ami, laisse-moi me placer en face de la Belle.."
Un entrechat, le son d'un violoncelle. Une approche habile. Quelques souffles au creux de l'oreille au détour, d'un atour.
"- Que peut-il bien advenir en ces temps d'une fille seule ?
- Que voulez-vous dire ? Vous voulez me protéger ? Contre qui mon bon ami, suis-je en danger ?
- Fiez-vous à moi, Mademoiselle.
- Me fier à vous ? Nous ne pouvons compter sur personne, je le crains. Par malheur les êtres sont changeants. J'admets cependant que le marquis de ... m'inspire plus que d'autres.
- Le marquis de ... ?
- Oui, et pourquoi ?
- Madame, vous êtes jeune et belle. Puisse la providence guider vos pas.
- Je m'en souviendrai, Monseigneur."
Plus loin au fond de la salle.
" - Ah, ah, elle a de ces appâts!
- A faire pâlir les fesses de la Comtesse..
- Pas après mon passage, mon ami, si tu m'exposes l'affaire de la comtesse à laquelle je pense.
- Ah, ah, ah..
- Plutôt que de rire aux éclats, imbécile, dis-moi quel est ce freluquet qui conte fleurette à la Belle en cuisse sous les lustres ?
- Je ne sais Monseigneur, il est accompagné d'un philosophe sombre à s'occir.
- Ne t'occis point le chef, tu n'entends rien à ces discours et c'est heureux. Admire plutôt comme l'on cueille la rose et l'on écarte d'un revers le félon."
Près d'une tenture flammande.
" - Le marquis ne semble pas s'accommoder de votre petite conversation.
- Qu'entends-tu par là mon ami?
- Je crois qu'il ne goûte guère aux mots glissés dans l'oreille de la Belle. Je mise sur une réplique en bonne et dûe forme.
- N'abandonnera-t-il jamais ? Comment déjouer l'intrigue ?
- Cesse de te battre avec ta raison et croise le fer avec ton coeur."
Pause.
Eh Mike, c'est mièvre à pleurer. Non? J'en ai marre de doubler les films d'époque. Tiens pas plus tard que la semaine dernière j'ai doublé un film suédois sur les rennes, avec une scène tout en rut...
"- Tu as raison, le faquin répondra...
- Tu sembles pris du démon aujourd'hui ? Chasse le si tu veux vivre un jour de plus!
- Je ne le laisserai pas commettre d'autres ignominies, mon ami. Si tu avais vu cela, si tu avaisvu la petite flamme, tu comprendrais pourquoi mon seul désir est de..
- Tu es rempli de haine, je n'aime pas ça!
- Je n'aime pas ça non plus
- Tu es un fou ? Tu vas au devant..
- Je sais, alors prie pour moi!" dit-il une main ferme sur l'épaule.Eh Mike ? il reste une bière au frais.. Putain, j'ai failli merder sur "ignominies". On n'a pas idée d'inventer des mots pareils. La prochaine fois je doublerai les teletubbies.

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