jeudi, mai 31, 2007

¤



Sur un blanc immaculé, sur un absolu, rien ne doit venir ternir cette sensation si proche de la perfection, rien ne doit troubler cette appréhension de la réalité et pourtant...
Dans les couleurs, les choses, les êtres qui m'entourent, quelque chose vient de rendre tout cela moins parfait, mais quoi? L'avez-vous rencontr¤r? L'avez-vous perçu? Si imperceptible.. Si discret que l'on croit qu'il s'agit d'une simple scorie, un bug, de mon progr¤¤me sensitif.
Au début, cela semble si dérisoire, négligeable en quelque sorte, qu'il m'empêche à peine de continuer de vivre comme je le fais au¤¤¤rd'hui, et pourtant.. Pourtant...
Sans le vouloir, sans même le savoir, ce petit mal me ronge, me grignotte l'intérieur. Quellle importance après tout. S'il devient trop présent, s'il prend une place trop im¤¤¤¤ante, je peux toujours me convaincre, que ma réalité ne s'en trouve pas si affectée, que je ne devrai le considérer pour autre chose qu'une tache, comme une simple tache, sur la paroi lisse de ma perception.
Un doute, m'envahit cependant. S'il était plus que cela, s'il devait grossir incon¤¤¤¤¤ent, s'il devait profiter de mes faiblesses et devenir insidieusement, ce point de détail sur le quel finit par se concentrer toute attention, si comme un nombril il paraissait si inutilement habituel et représentait néanmoins le coeur indélébile de ma propre génèse...
Je le crains. Oui, je le crai¤¤ ¤¤¤¤ement, il se développe malgré moi. Il envahit chaque cellule de ma pensée au fur et à mesure, comme une ineptie sur mon univers, comme l'unique objet de mes pensées les plus sombres, il éveille le pire, l'incontrolable. Ce détail si infime qui vous obsède et vous ramène sans cesse à l'impo¤¤¤¤¤¤¤¤¤ d'une futile perfection.
Peu à peu, les autres pensées ne peuvent plus s'épanouir, comme ¤¤¤¤¤¤¤¤ières de cette petite parcelle d'ombre qui dérange et qui occulte la lumière, la rend plus pâle sur ses contours. A tel point, que rien n'¤ ¤¤¤¤ ¤ ¤¤¤¤ster.
Alors, comme monte l'orage, comme les nu¤¤¤¤ ¤¤¤¤¤ ¤¤vahissent l'azur, tout semble se refermer et obscurcir les nouveaux horizons, les yeux se rivent instinctivement sur l'obscurité.
Les choses ne s'expliqu¤¤¤¤ ¤¤¤¤ ¤¤¤¤si simplement. Chère Princesse, je ne l'avais pas perçu immédiatement comme cela. Je ne sais comment te le dire, mais sur le blanc immaculé de ta robe, je viens de découvrir une tache.

mercredi, mai 09, 2007

Sur mes lèvres..

"-Déçue?
- De ?
- Aller arrête.
- De quoi?
- Je m'en fous, je partirai pas avant que tu m'aies tout dit!
- J'ai pas envie de parler.
A. reste immobile. Il attend. Impassible, assis sur la chaise en fer, en train de déguster un verre de vin. Il peut attendre des heures. Je le sais. Mais j'ai pas envie de parler.
"- Alors?, reprend A.
- Non, je t'ai dit A.
A. garde les yeux rivés sur moi. Je détourne les yeux. Il reprend calmement une gorgée de vin. Il est comme ça A., il sait être patient. Mais moi, je sais être obstinée. Un silence comme un "alors?". Un silence comme un refus.
Il va gagner il le sait.
"- Il a remarqué, ne t'inquiètes pas."
... Des points d'interrogations sur la bouche d'un muet.
"- Quand il est reparti, il avait un drôle d'air... Dans le regard.."
- Arrête A.!"
"- Il a rien dit.
- Tu crois qu'il faut tout dire?
- Parfois oui!
- Ora...
- Quoi? Il a rien dit de toute façon..
- Ora!"
Je vois tout en noir aujourd'hui. Il y a des matins comme ça. Avec moi, A. il est toujours d'humeur égale. Ma bouche est d'or mais rien ne sort. Aucun son, aucune lumière n'émane de ma voix.
Je suis comme atonne, comme mes sentiments.
"- Il a vu crois-moi. Il était à quelques pas de toi, à quelques aspirations".
Alors, peut-être entendra-t-il les mots de lumière.

lundi, mai 07, 2007

Car Ora est ton nom


Puisqu'il faut se réfugier dans les songes. Il suffit de peu. Un papier si fin et pâle, quelques herbes séchées au soleil, quelques promesse de Prométhée et voilà le faible, qui se veut l'expérience et le rêve.

Rejoins-moi quelques instants sous les tentes multicolores de tafetas, sous les teintures d'azur et de chlorophylle. Rejoins ma naissance, l'amour de deux êtres que je connais et partons.

Sous les rayons diaphanes de l'astre doré, laisse aller tes cheveux au vent, laisse les effluves de nos congénères se répandre en hâles rauques et sourds à quelques pas de nous. Les grandes herbes effleurent la mousseline écrue de ton vêtement, et la lumière si subtile qui se glisse, laisse entrevoir la courbe de tes seins ornés de deux collerettes sombres.

Légère comme la bruine d'un nuage, viens, et laisse les courbes de ton corps errer sur le tapis de laine, doré de soleil. Et la petite corde qui retiens les fils de soie sur le brun de ta peau. Face à l'horizon, si bleu, si infini, je me laisse emporter, et ma tête m'entraîne dans un éternel oubli, et ma chute est apaisée des souffles du vent et des fougères rousses.

Offre moi une bouffée des volutes de la déraison, rejoins-moi bien au-delà de mes songes. Comment ne peut-on désirer embrasser de tout son être la plénitude de cette nature, là où tout n'est plus qu'abondance, où les sens se perdent dans la joie.

Je vois si bien dans tes pupilles dilatées les vagues d'inconscience quand tu te laisses emporter par les silences, les offrandes à demi-mots, les ondes de quelques substances oniriques. Laisse-toi aller, rejoins-moi, écoute ces chorifées sensuels qui appellent au plaisir, qui laisse les doigts caresser les lèvres, les lèvres frôler mon front.

Passe ta main dans mes cheveux. Repose ta nuque aux creux de moi.

Les draps de coton battent au vent de la douce brise, les airs mélancoliques de nos frères nous entraînent. Ils sont à quelques pas mais peu importe, peu nous importe.

Ils sont tels l'innocence faite jouissance. Ils se repaissent de liberté et de chairs sucrées. Ils se désaltèrent aux sources de vie. Les mains ouvertes à l'avenir, ils portent leurs regards ébahis vers les ciel, détournent les yeux du monde qui s'éffondre et se laissent croire que tout est permis car demain n'existe pas.

Crois-les, demain n'existe pas. Laisse-toi aller. Rejoins-moi dans le poison du sang qui libère l'âme, dans la volupté. Car Ora est ton nom, car je me souviens de toi, car je me souviens de nous. Et rien ne nous empêche d'être le peuple de la lumière.

Car nuées se franchissent, les interdits se transgressent, car Ora est ton nom.

vendredi, mai 04, 2007

Ode au Grand Véhicule



Puisse mon corps rayonner de lumière, en éclairant d'innombrables univers, et que tous les êtres me soient semblables !
Que ma lumière soit de la couleur du béryl, surpassant le soleil et la lune, et qu'elle montre le chemin aux êtres plongés dans les ténèbres !
J'ai besoin de toi A. Il est parti. Je t'ai emprunté mais il est parti.
Tu m'avais conduit à travers les nuages. A-t-il seulement remarqué que je l'avais frappé en plein coeur? La douleur n'est-elle rien pour lui? Est-cela les paradis?
Je ne serai plus jamais loin. Et tu seras pour lui comme tu fus pour moi. Tu traçeras le chemin. Si mes états d'âme m'emmènent trop loin pour que je me souvienne.
Pourquoi semble-t-il si insensible à la lumière? "A., dis-moi". Quel ombre voile son regard que mes rayons ne puissent l'atteindre. Porte la lumière, porte ma lumière et que les éclats illuminent son ciel, que ma voix lui rende la joie, la plénitude et l'inconscience. Porte moi comme tu porterai la vie.
"A., est-il si différent de nous?". "N'épie-t-il pas chacun de mes gestes, chacun de mes mouvements, chacun de mes traits?". "Ne se vêt-il pas de nuit pour mieux percer nos secrets?".
Je sais qu'il existe d'autres voies, d'autres sentiers, mais le Grand Véhicule est celui des coeurs. La transe des corps ne viendra qu'ensuite, parachever mon dessein. Il ne sera pas moins extasiant mais je dois d'abord emprunter le Grand Véhicule, telle est ma nature. Si profonde. Si apparente parfois. Tu es mon reflet exacerbé. Je te reconnais mien.
Montre lui aussi les vallées verdoyantes, les arc-en-ciel, les chemins baignés de lumière. Les sources qui éclaboussent de couleurs. Mène-le, emmène-le!
Pour qu'un jour peut-être les échines se relèvent, que les muscles tremblent, que éclairs jaillissent, que les sceaux se brisent, qu'il retrouve les profondeurs.
Que tous les êtres, qui n'y sont pas encore, soient établis dans le Grand Véhicule !
Libère-nous! Rend-nous visible notre vacuité et que les petits corps visqueux se déchainent, inlassablement. Que notre réduction soit notre grandeur, que nous rampions en nous perdant dans l'autre.
Ce Grand Véhicule qui nous fait traverser l'océan de la souffrance.

Immersion



Un liquide cephalien qui danse encore. Je sors de la salle. Au grand air. Sous les grandes eaux. Tout résonne, comme dans un bocal. Tout résonne. Un sourd bourdonnement dans ma tête. Les sons résonnent dans chaque coin de mon crâne avant d'être absorbés par les quelques synapses encore viables.
J'ai plongé malgré moi dans un liquide dont je devine mal la nature. Un mur bleu, un grand mur bleu nuit. Un obstacle qui me semble infranchissable. Puis d'autres corps se meuvent. Je voudrais tendre la main vers eux, faire mienne leur réalité. Derrière l'eau, le grand air. Ils sont troubles. Des reflets sur les pupilles, de l'eau dans les yeux, de l'eau partout. Ou comme si.
Un tétard de la nuit.
Je dérive dans la nuit. Je dérive. Les phares artificiels ne me sont d'aucun secours. Je vais peut-être méchouer. Je suis immergé. Elles me semble si loin maintenant que je semble avoir perdu le chemin pour la rejoindre. Au milieu des récifs, des écueils, pourrai-je jamais la retrouver ? Je la vois derrière une paroi floue, si mon imagination ne me jouait des tours je croirai qu'un voile de verre nous sépare. N'est-ce que cela? N'est-ce qu'une illusion teintée?
Dès lors, les reflets argentés de son aura meurent dès qu'ils m'approchent. Comme je m'enfonce sous l'onde, de plus en plus loin, son éclat se perd.
Je suis entrainé par un courant involontaire, aspiré dans les profondeurs d'unappel ineluctable vers le néant. Si ce soir, elle remontait le courant, elle venait achever son mouvement naturel sur un rivage familier, mais les ondulations des vagues verticales me séparent d'elle. Où est-il ce grand véhicule? Il l'a conduite, elle l'a emprunté.
Lui seul pourrait me permettre de dépasser les éléments qui me retiennent, qui m'empêchent de venir vers elle. Du pays de la rose, le grand véhicule, pour atteindre... je ne sais. Pour une nouvelle métempsychose, pour un nouveau réveil, pour un homme nouveau.
A., le Grand Véhicule. Pour un nirvana englouti sous les abysses.