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Puisqu'il faut se réfugier dans les songes. Il suffit de peu. Un papier si fin et pâle, quelques herbes séchées au soleil, quelques promesse de Prométhée et voilà le faible, qui se veut l'expérience et le rêve.
Rejoins-moi quelques instants sous les tentes multicolores de tafetas, sous les teintures d'azur et de chlorophylle. Rejoins ma naissance, l'amour de deux êtres que je connais et partons.
Sous les rayons diaphanes de l'astre doré, laisse aller tes cheveux au vent, laisse les effluves de nos congénères se répandre en hâles rauques et sourds à quelques pas de nous. Les grandes herbes effleurent la mousseline écrue de ton vêtement, et la lumière si subtile qui se glisse, laisse entrevoir la courbe de tes seins ornés de deux collerettes sombres.
Légère comme la bruine d'un nuage, viens, et laisse les courbes de ton corps errer sur le tapis de laine, doré de soleil. Et la petite corde qui retiens les fils de soie sur le brun de ta peau. Face à l'horizon, si bleu, si infini, je me laisse emporter, et ma tête m'entraîne dans un éternel oubli, et ma chute est apaisée des souffles du vent et des fougères rousses.
Offre moi une bouffée des volutes de la déraison, rejoins-moi bien au-delà de mes songes. Comment ne peut-on désirer embrasser de tout son être la plénitude de cette nature, là où tout n'est plus qu'abondance, où les sens se perdent dans la joie.
Je vois si bien dans tes pupilles dilatées les vagues d'inconscience quand tu te laisses emporter par les silences, les offrandes à demi-mots, les ondes de quelques substances oniriques. Laisse-toi aller, rejoins-moi, écoute ces chorifées sensuels qui appellent au plaisir, qui laisse les doigts caresser les lèvres, les lèvres frôler mon front.
Passe ta main dans mes cheveux. Repose ta nuque aux creux de moi.
Les draps de coton battent au vent de la douce brise, les airs mélancoliques de nos frères nous entraînent. Ils sont à quelques pas mais peu importe, peu nous importe.
Ils sont tels l'innocence faite jouissance. Ils se repaissent de liberté et de chairs sucrées. Ils se désaltèrent aux sources de vie. Les mains ouvertes à l'avenir, ils portent leurs regards ébahis vers les ciel, détournent les yeux du monde qui s'éffondre et se laissent croire que tout est permis car demain n'existe pas.
Crois-les, demain n'existe pas. Laisse-toi aller. Rejoins-moi dans le poison du sang qui libère l'âme, dans la volupté. Car Ora est ton nom, car je me souviens de toi, car je me souviens de nous. Et rien ne nous empêche d'être le peuple de la lumière.
Car nuées se franchissent, les interdits se transgressent, car Ora est ton nom.

